LES PRINCIPES

Huit principes soutiennent la démarche des cercles d'auteurs.

Ces principes ont été dégagés à partir des écrits de référence sur les cercles d'auteurs 

et à partir de l'expérience vécue en cercles d'auteurs par les enseignantes du projet

lors des premières journées de formation en communauté d'apprentissage.

Chacun fait écho à des principes didactiques, des résultats de recherche ou des recommandations

déjà mises en évidence par les chercheuses et chercheurs en didactique de l'écriture.

1. L'ENSEIGNANT DOIT ÊTRE UN AUTEUR
Ce principe traverse tout le projet.
Les enseignantes participantes ont vécu elles-mêmes les cercles d'auteurs dans une communauté d'écriture, en se mettant dans la peau d'un écrivain.
En classe, elles ont pu, grâce à cette démarche, bonifier leur apprentissage de l'écriture, en partageant leurs textes avec leurs élèves et en modélisant le processus d'écriture avec une nouvelle posture.
Lorsque les enseignants lisent ensuite les productions de leurs élèves, le fait qu'elles aient une posture d’auteur favorise ensuite l’adoption d’une posture de lecteur (plutôt que d’évaluateur). Considérer l’élève comme un auteur est d’ailleurs le postulat qui sous-tend toute l’approche des cercles d’auteurs.

Les enseignantes ont vécu la réalité de l'auteur, ce qui leur a permis de mieux comprendre ce que vivent leurs élèves en cercles d'auteurs. (03:20)

(Bing, 1976; Blau, 1998; Brooks, 2007; Cremin, 2006; Gilbert et Graham, 2010; Graves, 1993; Grossman et al., 2000; Harward et al., 2014; McDonald, Buchanan et Sterling, 2004; Nadon, 2011; Routman, 2010; cités dans Tremblay, Turgeon et Gagnon (à paraître))

2. L'ÉCRITURE DOIT FAIRE PARTIE DE LA ROUTINE DE CLASSE
Les élèves ont besoin de prendre la plume le plus souvent possible, idéalement tous les jours, afin de développer leur confiance en eux,
leur motivation à écrire et une certaine souplesse dans l’acte d’écrire.
En écrivant quotidiennement, animés de diverses intentions et en ayant en tête de vrais destinataires, ils peuvent construire leur compétence à écrire.
 
La pratique de l'écriture libre s'inscrit aussi dans la perspective d’une routine de classe, et plusieurs chercheurs ont mis en évidence son rôle dans l’amélioration de diverses facettes de la compétence à écrire.

(Graves, 1993; Fletcher, 1993; Murray, 1989; Ponsot et Denn, 1982; Rief, 2003; Routman, 2010; cités dans Tremblay, Turgeon et Gagnon (à paraître))

3. LA DÉMARCHE DOIT ÊTRE ENSEIGNÉE
Bien que les cercles d’auteurs favorisent l’autonomie chez les élèves, l’enseignant a plusieurs rôles importants à jouer afin d’assurer le bon déroulement de la démarche.
Un enseignement spécifique de certains savoirs,
savoir-faire ou savoir-être peut être ainsi réalisé
à travers les mini-leçons, qui structurent le travail
en cercle d’auteurs.
Ces mini-leçons sont de courtes séances d’enseignement (env. 10 min.) visant un objet bien précis,
ciblé le plus souvent en réponse aux besoins
ou défis rencontrés par les élèves lors des cercles.

Quelques exemples de thèmes de mini-leçons liées à

la démarche des cercles d'auteurs:

  • Comment trouver des idées

  • Comment les choisir

  • Comment les organiser

  • Comment formuler un commentaire positif

  • Sur quoi faire son commentaire

  • Avec quelle intention écouter le texte de l'autre

  • Comment réagir au commentaire de son pair

  • Comment aider un pair avec sa ponctuation

Émilie Bhérer et Caroline Champagne, enseignantes au primaire, n'utilisent plus de cahiers d'exercices.

Elles s'appuient plutôt sur les textes de leurs élèves et d'auteurs connus pour concevoir leurs mini-leçons. (05:33)

Nathalie Sierro, enseignante en 6e année, explique comment les mini-leçons aident les élèves à donner des commentaires sur les textes de leurs pairs. (01:26)

Écrire au ralenti est une technique qui peut faire l'objet d'une mini-leçon.

Brigitte Rainville, enseignante en 4e année et Rémi, élève de 6e année, expliquent ce procédé d'auteur. (01:20)

(Buchs, Darnon, Quiamzade, Mugny et Butera, 2008; Calkins, Colognesi, 2018; Rog; cités dans Tremblay, Turgeon et Gagnon (à paraître))

4. LA CRÉATIVITÉ DOIT ÊTRE AU CENTRE DU TRAVAIL D'ÉCRITURE
L'écriture constitue avant tout un mode d’expression et non un travail mécanique effectué pour répondre à une consigne et obtenir une note.
Pourquoi faudrait-il que chaque élève écrive le même type de texte, en même temps, dans la même forme, avec un nombre précis de mots à respecter?
 
Avec les cercles d'auteurs, les élèves ont le choix.
 
La liberté de choisir son sujet et son destinataire soutient la part créative de chaque élève et développe le goût d'écrire.
De plus, l'enseignant aura plus de plaisir à lire les textes de ses élèves quand elles sont variées et uniques.

Créer sans contrainte peut pousser à développer sa propre voix et découvrir des aptitudes insoupçonnées. (03:11)

(Graves, 1994; Routman, 2000; cités dans Tremblay, Turgeon et Gagnon (à paraître))

5. L'ÉVALUATION DOIT PORTER AUSSI BIEN SUR LE PROCESSUS QUE SUR LE PRODUIT FINAL
L'élève est plus susceptible de s'améliorer et de concevoir l'écriture comme un processus lorsque l'évaluation est effectuée en cours d'apprentissage et lorsqu'elle porte sur les différentes étapes de la démarche plutôt que sur le produit fini uniquement.
Conserver les différentes versions des textes des élèves permet à l'enseignant de voir les idées notées en cercle de planification, d'observer les annotations faites sur le premier jet et de constater les améliorations apportées au texte final.

Des enseignantes expliquent que les élèves attribuent davantage de sens à l'écriture avec les cercles d'auteurs, quand l'évaluation et la rétroaction se font tout au long du processus. (02:45)

(Graves, 1983; Cotton, 2002; cités dans Tremblay, Turgeon et Gagnon (à paraître))

6. LA LITTÉRATURE JEUNESSE DOIT NOURRIR
LE PROCESSUS D'ÉCRITURE
Une des valeurs importantes de la démarche des cercles d’auteurs est de nourrir la culture des élèves, tout en enrichissant leurs connaissances et leur curiosité envers la littérature.
Les livres peuvent être utilisés comme déclencheurs pour l'écriture et peuvent être une source d'inspiration.
L'observation des procédés littéraires employés par les auteurs vient également soutenir la démarche et contribue à construire la posture d’auteur et de lecteur de l’élève. Le regard sur la lecture est modifié : l’élève apprend à lire comme un écrivain.

Quelques idées d'activités :

  • Écrire à partir de la page couverture d’un album

  • Écrire pour imaginer la suite du récit

  • Écrire une nouvelle fin à une histoire

  • Réécrire l’histoire en adoptant un point de vue de narration différent

  • etc.

Nathalie Sierro et ses élèves de 6e année présentent un projet fait en classe, où les élèves devaient s'inspirer de la couverture de livres pour rédiger un texte. (01:33)

(Griffith, 2010; Olness, 2005; Ray, 2000; cités dans Tremblay, Turgeon et Gagnon (à paraître))

7. LE RESPECT EST PRIMORDIAL
Les cercles d'auteurs ne peuvent avoir lieu sans que les membres du cercles interagissent dans le respect.
 
Écrire est un acte personnel, qui demande beaucoup d'implication, tant au niveau affectif que cognitif.
 
Instaurer un climat de confiance qui encourage également les élèves à prendre des risques, sans craindre l’échec, est un gage de succès.

« On partage nos textes, et on livre

un peu de nous-mêmes. 

C'est gênant, alors il faut avoir confiance...

le climat de confiance est donc très important. »

- Brigitte, enseignante

(Lebrun, 2007; Routman, 2010; Tauveron et Sève, 2005; cités dans Tremblay, Turgeon et Gagnon (à paraître))

Pour Brigitte Rainville, enseignante de 4e année, un climat positif et respectueux est essentiel afin de vivre les cercles d'auteurs avec ses élèves. (01:08)

Modélisation dans la classe de Nathalie Sierro (6e année):

les élèves se rappellent les conditions propices pour effectuer un cercle d'auteurs dans l'écoute attentive et le respect. (06:15)

8. lA RÉTROACTION DOIT ÊTRE CONSTRUCTIVE
Le cercle de partage permet aux élèves de recevoir des commentaires concernant leur texte, qui est livré pour la première fois.
Les pairs expriment ce que le texte suscite en eux, par exemple :
« J'ai beaucoup aimé le début de ton texte. Il m'a fait rire ! »
 
Le cercle de révision permet ensuite de formuler des commentaires visant à améliorer le texte :
« Je ne suis pas certaine de comprendre ce passage.
Que veux-tu dire quand tu dis… »
Au fil de la démarche, des exercices, comme les mini-leçons, serviront à aider les élèves à apprendre à formuler des remarques constructives.

Quelques exemples de rétroactions, dans des classes de 5e et 6e année, pour relever les aspects positifs et à améliorer d'un texte. (02:56)

(Simard, 1999; cité dans Tremblay, Turgeon et Gagnon (à paraître))